peut-on encore raisonnablement penser l’art photographique ?

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Peut-on raisonnablement penser l’art photographique ?

La question pourra paraître surprenant en ces temps où l’on peut prendre des photos avec son Smartphone ou avec sa tablette et où la photo est devenu un loisir à la portée de tout un chacun.

La révolution numérique a rendu techniquement possible la photo pour le grand public, dont je suis. Je ne peux que m’en réjouir et m’en donner à cœur joie dans ma pratique quotidienne. Néanmoins, il est à mon avis souhaitable et même nécessaire de réfléchir à ce que cette évolution technique implique, tant au niveau de la société qu’au niveau de la création artistique.

Je peux actuellement faire une photo HDR presque simplement, la capacité technique pour ce faire est à la portée de n’importe qui s’intéresse un tant soit peu à la photographie. Je PEUX le faire mais quel sens alors attribuer à cette action s’il est peut être faite aussi bien par quelqu’un d’autre que par moi ? Cela pose la question de la recherche du sens et de l’utilité de nos actions, particulièrement dans le domaine de la création artistique.

A mon avis, une personne qui entend faire œuvre d’artiste doit se poser la question de la signification de ce qu’il fait et son œuvre précisément doit avoir une valeur ajoutée par rapport à ce quelqu’un d’autre, qui ne s’inscrit pas dans cette démarche, ferait. Etre artiste, ce n’est  pas forcément révolutionner la société ni encore choquer le bourgeois (s’il y a encore quelque chose à choquer de ce côté-là), c’est proposer un regard singulier sur le monde, un regard qu’on est le seul à pouvoir proposer. Et en ces temps où la maîtrise technique est à la portée du plus grand nombre, il devient nécessaire de s’arrêter pour penser sa démarche et en faire quelque chose qui nous appartient en propre et porte notre marque singulière.

Et c’est précisément là où le bât blesse, car dans la pratique de la photographie (mais cela vaut pour l’art en général), les pratiques que l’on rencontre le plus souvent suivent soit une pratique addictive de masse, soit une mode actuelle où la notion d’œuvre et d’art semble remise en question. Je ne suis pas contre les remises en cause, mais entre l’attrait de l’argent pour certains comme Ben et l’absence totale de travail et d’une production artistique qui s’affronte à la matière vivante, comme cette exposition d’un artiste contemporain ( je ne sais plus lequel) qui consistait en des châssis de toiles empilés ! Le ready made depuis Duchamp a fait long feu depuis longtemps et depuis bientôt cent ans, on a l’impression que l’histoire de l’art bégaye, entre installations et performances diverses.

Dans ce registres des soit -disant provocations, tout a été déjà fait ou va l’être très bientôt, alors, pour en revenir plus précisément à l’art photographique, n’est-il pas urgent, à l’heure où la technologie offre de plus en plus de possibilités à la portée du plus grand nombre, de réfléchir à ce que nous voulons comme artiste et quel sens nous entendons donner à notre production artistique et à l’art en général? Faute de ce questionnement et de cette recherche, l’art sera condamné à bégayer encore longtemps et à être de plus en plus la proie des marchands du temple et de consommateurs transformés en moutons bêlants du capitalisme triomphant.