photographie/ peinture, complémentaires ou opposées ?

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La photographie et la peinture sont-elles complémentaires ou opposées ? Dit comme cela, la question a l’air simple, voir simpliste, mais cette interrogation révèle un vrai problème, celui de l’inscription de la photographie au sein des arts plastiques et au sein des arts de l’image.
Les photographes professionnels ne sont pas gérés par la Maison des artistes, comme les peintres, mais par l’Agessa, qui gère les droits des auteurs, qu’il s’agisse des écrivains ou des auteurs de logiciels. Ce statut particulier des photographes au regard de l’administration dit toute la difficulté d’inscrire la photographie dans un champ particulier. Il existe un statut particulier pour les photographes qui souhaitent pouvoir vendre leurs tirages et les droits d’exploitation de leurs images, celui d’auteur photographe, qui est considérée comme une profession artistique, mais est-ce à dire que les photojournalistes ou les artisans photographes n’ont pas dans leurs œuvres un regard d’auteur, c’est à-dire un regard singulier ? Pour ma part, je pense que toute personne qui se préoccupe un tant soit peu de ce qu’il photographie et y met du sens et une intention est un véritable auteur, qu’il soit amateur ou professionnel.
Pour autant est -ce que ce regard singulier fait de lui un artiste ? La question demeure épineuse, comme celle de l’inscription de la photographie au sein des arts plastiques, comme entité séparée et unique en son genre.
Le photographe Charles Fréger a dit dans l’émission Regarder voir sur France Inter que dans son cas, ayant commencé à faire des études aux Beaux-Arts, il n’en avait pas retiré grand-chose et que pour sa part, d’un mauvais peintre, il était devenu bon photographe. Peut-on en faire une généralité, évidemment non. Le peintre, comme le photographe, travaille avec la lumière et les couleurs (même dans le cas d’un travail en noir et blanc, c’est encore un travail sur la couleur, en l’occurrence en son absence). Le photographe peut travailler sur le modelé et les volumes, particulièrement dans le cas d’une photo noir et blanc, mais d’une façon différente du peintre, il n’est pas en contact direct avec la matière (surtout depuis le numérique, où il y a la médiation obligatoire de l’ordinateur, alors qu’avec l’argentique, un certain contact direct avec la matière photographiée était possible, lors du développement). Un peintre comme Soulages travaille de façon évidente avec la lumière et la matière, mais si son regard peut nourrir celui que pourra avoir un photographe ( je vois les choses différemment et envisage mon travail photographique différemment depuis que j’ai vu une exposition Soulages à Lyon), l’œuvre de Soulages n’est pas celle que pourrait avoir un photographe réfléchissant sur les rapports entre noir, lumière et matière.
A mon sens, donc, il ne saurait y avoir opposition entre peinture et photographie, plutôt compagnonnage et complémentarité. Je reviendrais sur cette question lors de billets prochains.