La photographie peut-elle être objective ?

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Une photographie peut-elle être objective ? Une telle question pose le rapport de la photographie à la réalité et à l’illusion, à la part d’ojectivité, c’est -à-dire à la part de fidélité entre l’objet telle qu’il existe indépendamment de la photographie et sa reproduction au moyen d’un appareil photographique.

On parle déjà d’objectifs en photographie, pour désigner les différentes optiques que l’on adjoint au boitier numérique ou argentique, mais cela ne veut pas dire tout que ce qui sera produit au moyen de la technique photographique sera fidèle à la réalité perçue par l’oeil de celui qui photographie. Et d’ailleurs, mais c’est une autre question, on pourrait se demander s’il existe une réalité indépendamment de ce qui est perçu, ou bien si le fait même de percevoir modifie ce qui est perçu.

La photographie ne peut en aucun cas prétendre être une reproduction fidèle de la réalité, ne serait-ce qu’en raison des limites de la technique photographique elle- même, un appareil photographique ne peut »voir » et reproduire les choses à la manière d’un oeil humain. Il n’est besoin que de penser aux photos sous-exposées ou surexposées pour s’en rendre compte, alors même que notre oeil et notre cerveau avaient fait l’accomodation tous seuls pour nous permettre de voir la situation sans trop de difficultés. Ensuite toute photo résulte d’un choix ou d’une intention, consciente ou non consciente de celui qui photographie et cela même modifie ce qui sera résultera de la prise de vue. Toute photo est donc du construit, résulte d’une opération technique et d’une élaboration intellectuelle, elle n’est en aucune façon une donnée brute, un fait à l’état brut. De même qu’il n’existe aucun fait brut en histoire, mais toujours un récit ou une interprétation de celui-ci de par la façon elle – même dont on le rapporte, de la même manière l’objectivité pure ne saurait exister en photographie.

L’école de photographie allemande de la nouvelle objectivité ne saurait prétendre non plus à restranscrire des faits bruts, du fait même que ces photographes cherchent à être les moins interprétatifs possibles et à être les plus fidèles à l’objet perçu, et ce au moins pour deux raisons. D’abord par ce que ce choix de la photo la plus « objective  » possible est une décision de leur part, une option artistique et qu’ils auraient pu en prendre une autre, ensuite par ce qu’ils perçoivent et tentent de restituer est tel que cela est perçu par eux mais que d’autres personnes pourraient percevoir autrement, par exemple s’ils venaient d’une autre culture ou d’un autre continent.

Par conséquent, une photographie n’est là que pour témoigner du rapport du photographe à une certaine réalité, la réalité telle qu’elle est perçue par lui et telle qu’elle est rendue par l’appareil photo, grâce aux réglages ou l’absence de réglages que le photographe entreprend, elle ne saurait donc en aucun cas être une transcription exacte et fidèle de la réalité, elle ne saurait en aucune façon être « objective ».