photographie, espace et nature

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En effet, la photographie peut être à certains égards considérée comme un art et une science des lieux et des espaces, car elle ne peut se concevoir que dans un lieu précis et à un temps précis. La photographie habite donc l’espace et le temps, mais d’une façon particulière et la photographie de nature tout particulièrement. Et c’est là que l’apport de la mésologie, entendu comme une science des milieux, peut être utile.

Voici comment le géographe Augustin Berque définit ce qu’il entend par milieu : » relation d’une société à l’espace et à la nature ; combinaison trajective de lieux et d’étendues, est proprement trajectif, c’est-à-dire à la fois naturel et culturel, collectif et individuel, subjectif et objectif, physique et phénoménal, matériel et idéel (…) »Augustin Berque, Le sauvage et l’artifice, les japonais devant la nature, Gallimard, 1986, p.165-166.

Quant à la trajectivité, notion mise au point par Augustin Berque, voici comment il la définit : » Dire que le milieu est à la fois naturel et culturel, collectif et individuel, subjectif et objectif, c’est dire qu’il faut essayer de le penser dans sa dimension propre, laquelle n’est ni celle de l’objet, ni celle du sujet, mais celle des pratiques qui ont engendré le milieu au cours du temps, et qui sans cesse l’aménagent/réaménagent.

Je qualifie cette dimension de « trajective » en m’inspirant d’auteurs tels que Jean Piaget et Gilbert Durand. Le milieu doit être pensé en tant que trajectivité, c’est-à-dire en tant que genèse réciproque entre les termes qui le composent et cheminement réversible. C’est de ce « trajet » perpétuel, de cet entrecroisement toujours en sève que sont tissées les pratiques à la fois écologiques, techniques, esthétiques, noétiques, politiques etc. dont procède un milieu donné. » Augustin Berque, op.cit., p. 149.150.

C’est là que l’on s’aperçoit que la photographie est proprement trajective, puisqu’elle propose un chemin depuis le lieu, qui est l’endroit du concret, du singulier, de la présence, jusqu’à l’espace, domaine de l’abstrait et de la représentation, par son action sur le milieu, domaine du symbole et de la trajectivité, ainsi que celui de la pleine communication.

De fait, lorsque le photographe de nature photographie un paysage, il participe comme le dit Augustin Berque, d’« un mode sensible (…) de relation à l’espace et à la nature (qui) implique particulièrement la vue et les échelles moyennes »(op. cit. p.166). Cette expérience, le photographie l’érige au rang de symbole en la prenant en photo et en la faisant connaître. Le photographe contribue également de ce fait à forger des représentations plus abstraites de l’espace, à nourrir des schémas qui iront irriguer l’imaginaire collectif.

 

La photographie, en particulier la photographie de nature peut donc bien être considérée comme une pratique et une réflexion sur les milieux, qu’elle enrichit en même temps qu’elle est fécondée par eux.